Aug
27
2009
4

Street art à Istanbul

Le street art c’est trop cool c’est trop fashion c’est trop à la mode je ne rate plus un vernissage en galerie j’ai un poster de L’Atlas dans ma chambre je me suis rajouté en fan de Tran sur Facebook j’ai trouvé l’expo Tag au Grand Palais TROP BIEN avec mes copines on se fait des après-midi “Space Invader spotting” dans le Marais je crie très fort à la librairie de la Fondation Cartier que JE CONNAIS JONONE si ils continuent à pondre des articles trop underground dans mes magazines hype préférés je vais me faire tatouer un tag UV TPK c’est sûr en attendant je fais des safari photo graffiti sans relâche partout où je vais et j’étale ma crasse sur le web

Je disais donc petite sélection de ce qu’on peut trouver sur les murs à Istanbul. J’ai essayé de mettre des photos avec des scènes de vie locale, comme ça si tu vomis l’art de rue tu peux quand même jeter un oeil.

La main jaune omniprésente c’est Kripoe, un allemand de Berlin qui a littéralement retourné Beyoglu, en particulier Tunel.

Quelques Space Invaders aussi, mais hormis Dose ou Dsk (un vandal bien actif que j’ai vu dans des endroits assez improbables), on peut dire que le graffiti istanbouliote est peu developpé. Pas mal de pochoirs, un peu de dessins.. mais ça c’arrête la.
La ville est par ailleurs pour l’instant épargnée de la “culture” sneakers, mais Pabuc va y remèdier puisque il ouvre sa boutique spécialisée baskets juste à côté de Milk Gallery. En espérant que ça ne finira pas en match de polo sur pignon fixe..

La boutique qui vend des bombes et passe du rap français, c’est Donut Store. Fermé quand je suis passé, mais Wale m’a dit le plus grand bien du gérant.

Sinon Istanbul est vraiment une ville sympa, cosmopolite, à faire pour un long week-end. Très dépaysante, beaucoup de choses à voir, on y mange bien pour pas cher, et les soirées y sont très animées (j’ai avalé cette saloperie de Lonely Planet). Le Modern Museum est à visiter, une bonne surprise.

Written by LA PRAVDA in: Scan urbain | Tags: , , , , , , ,
Aug
24
2009
2

Céline – Voyage au bout de la nuit

C’est ballot de recommander un classique de littérature ici hein?

Pas du tout. La génération Y (digital native) ne lit plus. Une fois le sport et les sorties évacués, ADSL régit le reste de notre temps libre. Ces quatre lettres tu le sais mènent alors la danse à grands coups de mails, réseaux sociaux, blogs, sites, téléchargement de musique, de films ou de séries, grignotant les minutes que l’on dédicacerait à se plonger dans un bouquin.

La lecture représente aujourd’hui pour beaucoup un investissement en temps assez décourageant que l’on réserve au mieux pour ses vacances. La sélection en devient d’autant plus essentielle: Pas le droit à l’erreur, priorité donc au sum.

D’où la justification de ce post. Je propose ce chef-d’oeuvre pour motiver ceux qui comme moi étaient bêtement passé à côté de cette valeur sure.
Voyage au bout de la nuit est un bijou, nihiliste et cinglant à souhait. Articulé autour d’un périple passant par la banlieue parisienne, l’Afrique coloniale et les Etats-Unis, la bassesse et le vice des hommes y sont décortiqués avec une dextérité incroyable. Je crois que la plume jouissive de Céline passe au crible à peu près tous les travers de l’être humain. Autant te dire que je l’ai savouré comme il se doit, sourire malicieux au coin de la bouche. Indispensable et jubilatoire. Si tu l’as déjà lu, on se comprend, sinon tu me remercieras plus tard.

Ce roman est un vivier à citations, on pourrait quasiment le reconstituer d’extraits en extraits. Ci-dessous un superbe passage que j’ai pris un malin plaisir à recopier juste pour te mettre dans le bain.

voyage_au_bout_de_la_nuit Céline

Dans le cas où nous étions, un homme, un costaud, m’aurait fait peur, mais d’elle je n’avais rien à craindre. Elle était moins forte que moi, comme on dit. Depuis toujours l’envie me tenait de claquer une tête ainsi possédée par la colère pour voir comment qu’elles tournent les têtes en colère dans ces cas-là. Ça ou un beau chèque, c’est ce qu’il faut pour voir d’un seul coup virer d’un bond toutes les passions qui sont à louvoyer dans une tête. C’est beau comme une belle manoeuvre à la voile sur une mer agitée. Toute la personne s’incline dans un vent nouveau. Je voulais voir ça.
Depuis vingt ans au moins, il me poursuivait ce désir. Dans la rue, au café, partout où les gens plus ou moins agressifs, vétilleux et hâbleurs, se disputent. Mais je n’aurais jamais osé par peur des coups et surtout de la honte qui s’ensuit des coups. Mais l’occasion, là, pour une fois était magnifique.
” Vas-tu t’en aller? ” que je fis, rien que pour l’exciter encore un peu plus, la mettre à point.
Elle me reconnaissait plus, à lui parler comme ça. Elle s’est mise à sourire, horripilante au possible, comme si elle m’avait trouvé ridicule et bien négligeable… ” Flac ! Flac ! ” Je lui ai collé deux gifles à étourdir un âne.
Elle est allée s’aplatir sur le grand divan rose d’en face, contre le mur, la tête entre les mains. Elle soufflait à petits coups, et gémissait comme un petit chien trop battu. Et puis, elle a comme réfléchi et brusquement elle s’est relevée, toute légère, souple et elle a dépassé la porte sans même retourner la tête. J’avais rien vu. Tout était à recommencer.

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