Sep
07
2009

Le jour où j’ai appris l’existence de Unit 731

En juin 2007, je suis à Kyoto avec Wale. En fin d’après-midi on décide de grimper une colline à la périphérie de la ville pour profiter de la vue et du coucher du soleil.

En cherchant l’accès au sentier, on finit par se perdre dans les petites rues de ce quartier excentré. Surgit alors de nulle part un occidental à qui je donne une soixantaine d’années. Dur d’ignorer ce blanc dans ce coin paumé où un touriste n’a aucune raison de traîner. Jugement catégorique et expéditif de ma part au vu de sa chemise souillée et de sa barbe blanche hirsute: c’est un vagabond. Il parait aussi bien étonné de nous voir. On lui demande le chemin pour monter la colline, il propose de nous accompagner dans un anglais parfait.

Je l’observe du coin de l’oeil alors qu’on marche. Son comportement erratique ne l’empêche pas de se faire saluer par les gens du quartier, auxquels il répond d’ailleurs en japonais sans sourciller.

On finit par le questionner sur sa présence insolite dans le secteur. C’est un exilé américain qui vit ici avec sa femme japonaise. Il se dit écrivain. Hum. Toujours suspicieux, je lui demande ce qu’il a publié. Il commence alors à parler de ses ouvrages et de ses recherches, notamment sur la Unit 731.

Intrigués, on l’écoute avec de plus en plus d’attention. Il aborde les atrocités commises sur les prisonniers chinois par cette unité militaire japonaise pendant la seconde guerre mondiale. On arrive finalement devant sa maison qui se trouve être à l’entrée du chemin. Avant de se séparer on gratte quand même son nom: Hal Gold.unit-731-crime-torture

Ci-dessous un extrait de la page Wikipedia (à lire en entier ICI) pour mieux cadrer le mot “atrocité” dans le contexte.

On se livrait à la vivisection de détenus vivants. Certains ont été bouillis vifs, d’autres brûlés au lance-flammes, d’autres congelés, d’autres ont subi des transfusions de sang de cheval ou même d’eau de mer, d’autres ont été électrocutés, tués dans des centrifugeuses géantes, ou soumis à une exposition prolongée aux rayons X. Des détenus ont été complètement déshydratés, c’est-à-dire momifiés vivants. On les desséchait jusqu’à ce qu’ils meurent et ne pèsent plus que un cinquième de leur poids normal. On étudiait également sur eux les effets du cyanure d’hydrogène, d’acétone et de potassium. Certains détenus étaient affamés et privés de sommeil, jusqu’à la mort. D’autres ont été soumis à des expériences de décompression..”

“Selon Makino, les vivisections pouvaient durer entre 10 minutes et 3 heures. Les membres étaient d’abord coupés, puis les organes étaient retirés un à un. Les opérations étaient menées tous les trois jours et ont cessé lors du débarquement des soldats américains.”

D’autres sources relatent des tests de l’effet de grenades dans diverses positions, de femmes enceintes dont on enlevait le bébé sans anesthésie, des études sur la perte de sang, l’inoculation de maladies (tuberculose, choléra) et autres morceaux de cerveau ou de poumon prélevés à vif.

Ça a du clairement lui brûler le ciboulot à ce Hal Gold d’enquêter sur ces barbaries à plein temps. Il en a trop vu, trop lu, trop entendu. Après coup je comprends mieux l’allure, la façon d’être du personnage. Et je regrette d’autant plus mon attitude un brin condescendante ce jour-là. Leçon de vie comme on dit.
Je n’ai pas lu son bouquin, mais si le sujet t’intéresse tu peux le commander en cliquant sur l’image.

Unit 731 Testimony Hal Gold book

Au passage il est bon de savoir que ces crimes contre l’humanité  restent impunis à ce jour et que le gouvernement japonais nie toujours la nature des activités perpétrées dans ce camp.

Et comme tu vois, le panorama de cette fin de journée restera une parenthèse.Kyoto 2007

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