Jan
10
2010
4

Comité invisible – L’insurrection qui vient

Nous sommes
devenus les représentants de nous-mêmes – cet
étrange commerce, les garants d’une personnalisation
qui a tout l’air, à la fin, d’une amputation.

Livre Comité invisible l'insurrection qui vientTous les “ça va ?” qui s’échangent en une journée font songer à autant de prises de température que s’administrent les uns aux autres une société de patients. La sociabilité est maintenant faite de mille petites niches, de mille petits refuges où l’on se tient chaud. Où c’est toujours mieux que le grand froid dehors. Où tout est faux, car tout n’est que prétexte à se réchauffer. Où rien ne peut advenir parce que l’on y est sourdement occupé à grelotter ensemble.

Je te propose d’entamer la lecture de cet ouvrage dans le métro, en rentrant d’une journée comme une autre au travail. Le contexte, l’environnement est important pour apprécier au mieux le contenu.

L’idéologie défendue comme le mode d’emploi de l’insurrection ponctuant le livre sont finalement presque annexes, étouffés par l’efficacité du constat, propre, précis et incroyablement dur qui est asséné dans la première partie (la plus conséquente par ailleurs).

Chacun en prend pour son grade, il y a nécessairement un passage qui t’est dédicacé, quel que soit tes origines, ton horizon politique, ta classe sociale, ton mouvement, ta tribu. Et c’est le tour de force de l’essai : en une centaine de pages, cette analyse tellement juste et implacable dissèque la société contemporaine et les rapports humains. La névrose urbaine, le mal-être.. tout y passe. C’est traité avec finesse, bien écrit, les auteurs placent habilement leurs petites cartes “culture” sur la table, ce qui permet de sortir du cliché que l’on peut facilement se faire du discours anarchiste /autonomiste.

Un joli cadeau pour un responsable marketing Procter&Gamble, un militant gauchiste, un biobobo, ou quiconque ne s’étant jamais remis en question.

La version PDF est notamment disponible ici.

PS : Paru il y a bientôt 3 ans, ce constat n’a pas pris une ride. Si bien que les éditions du MIT s’en sont discrètement pressé une version anglophone en août dernier, à bon entendeur.

Written by LA PRAVDA in: Observation globale | Tags: , , , ,
Dec
28
2008
5

La société contemporaine par Ari Versluis

Alors comme ca tu te sens différent, original, marginal?
Tu es juste similaire, analogue et très comparable.

Adepte du communautarisme, de l’identité de groupe?
Brebis. Pantin.

punk aris varsluis

Le concept du photographe hollandais Ari Versluis: des plaquettes mettant en scène divers groupes d’individus.

exactitudes

Avec le styliste Ellie Uyttenbroek, il ont tout épluché je pense, du white collar à l’ouvrier en passant par la secrétaire et le fluokids. Et comme ils ne se limitent pas aux clichés attendus, ils peuvent facilement te sortir une grille de 12 morveux des favelas, ou des africains en boubou.

Ils nous laissent le soin de toute interprétation de leur remarquable travail..

ari varsluis

Rien de nouveau, ils font ca depuis pas mal de temps, ils tournent dans les galeries et en ont publié un livre.

Pour mieux saisir l’ampleur du travail, un petit tour sur leur site, ca calme.

J’ai recemment eu le plaisir de leur servir de chair à canon pour cinq étoiles luxe qui a eu la très bonne idée de reprendre le concept pour son lookbook, par Ari Versluis himself. Classe.

La série brouille les pistes avec un casting sauvage à base de parisianisme aigu et pourtant très hétéroclite, avec du pain O choKolat aussi bien que du gaydar style à l’horizon.

Je suis le schtroumpf bleu, et j’assume, merci.

Le reste de la série quelque part ici.

On est tous le bouffon d’un autre, n’oublie pas.

versluis-cinq-etoiles-luxe-5

 

Nov
17
2008
1

Bluffé par Jacques Villeglé

A Beaubourg en ce moment, “la comédie urbaine”, rétrospective sur Jacques Villeglé.

Je ne reviens pas sur ses lacérages d’affiches publicitaires, tout le monde connait.

Jacques Villeglé mur

En revanche, je m’arrête sur la projection d’un entretien qu’il a accordé à la commissaire du musée.

Le personnage est d’une humilité et d’une simplicité, ça en devient presque génant.

Je m’attarde donc sur l’interview.

Son naturel, sa clairvoyance,  je suis vraiment impressionné.

Il lache avec un détachement déconcertant qu’il ne se considère pas comme un auteur.

Que son infamous alphabet socio-politique, il l’a pompé sur un tag dans le métro en 1969.

bleu blanc rouge villeglé

On parle ici d’un Témoin. D’un mangeur de bitume aussi.

En 1991, il baptisait une de ses expositions “décentralisation”.

Il employait déjà le mot guerilla en charcutant les 4×3 en 1982.

Mais il n’en fait pas tout un plat, il n’a plus rien à prouver.

Car en 1967, il voyait apparaitre les débuts de l’utilisation des “bombes aérosol” -comme il les appelle- sur les murs de Paris.

Il est vraiment touchant.

Il doit aussi être serein. Il a le Zeitgeist au fond des yeux, incrusté.

Car c‘est la société qu’il a découpé depuis 1949.

Visionnaire.

Jacques Villeglé

Nov
09
2008
0

Sentiments en ciment

Tribute to Mark Jenkins, un homme de l’ombre qui investit la rue depuis 2003 avec des installations qui dégoulinent ce que j’aime.

It’s like a jungle sometimes, it makes wonder how I keep from going under…

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Ca me fait penser, n’oublie pas de lire ce très bon post de Monsieur Lam.   

Parce que ca t’es forcément arrivé un jour. Parce que ca calme.

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Et comme en plus le travail de Mark Jenkins ne se limite pas à ce que je présente, tu sais déjà que tu vas aller faire un tour sur son site ICI.

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Nov
04
2008
0

Ici, on se réveille au bruit du 2 1/2 à Doudou cousin

Plus jeune, je révais d’un Booster avec la totale: kit 75 Polini, pot Bidalot, vario Malossi, carbu de 19 et un gros filtre à cornet.

Je ne l’ai jamais eu. Encore aujourd’hui, un petit pincement nostalgique peut bêtement me prendre quand je vois un de ces scooters tunés au feu rouge.

Eclairage sur le titre, qui est une belle citation issue de la vidéo:

“Deux et demi” stands for 250cc, cylindrée classique des bécanes de cross qu’affectionnnent tant les petits frelons de n’importe quelle banlieue en France.

Ce n’est pas homologué pour un usage sur route, ca fait un bruit de fou furieux, ils se font tirer dessus par les voisins et ca dure depuis…bon c’était déjà culte dans La Haine (si si, “le YZ à Momo”, rappelle toi).

Indissociable des cités francaises, ces petits KX, YZ et autres CR font partie intégrante de la culture banlieue.

J’insiste. On parle en fait ici d’une partie de la culture francaise.

Petite démo de Doudou “cross bitume” qui s’en donne à coeur joie au guidon de sa Honda CRF 450 non homologuée bien sûr, et ne parle même pas de permis moto.

D’Aubervilliers straight to Trocadéro en wheeling. Détente.

PS: C’est une grosse promo pour Mac Tyer (la moitié de Tandem) et le magazine Street Live…tout le monde doit manger cousin.

Aug
20
2008
1

Rien ne va plus

Je me suis organisé un combo sympathique.

Gomorra et Dark Knight. Deux films qui finalement se rejoignent.

Je vais faire court.

Rien ne va plus.

Et ca fait vraiment du bien.

Dark Knight est excellent. Il sort clairement du cadre du blockbuster.

Un Batman impuissant face à un Joker moralisateur et visionnaire.

Si ne n’est pas déjà fait, va vite le voir.

Gomorra de son coté dépeint comme un documentaire une Camorra en pleine déchéance.

Dans un univers macabre entre putes, banlieues sordides et scandale du trafic de déchets, tous les codes, toutes les images de la mafia sont balayés.

Les mômes perdus singeant pathétiquement Tony Montana.

Des dealers sans envergure, vulgaires à souhait.

Des clans qui se déchirent, aucune organisation, plus aucunes valeurs.

Même le parrain est un vieux croulant anti charismatique.

Certains spectateurs sont sortis avant la fin de la projection.

Ils devaient s’attendre à se faire vendre du rêve, ils envisageaient une énième apologie du grand banditisme.

La Camorra fait peut être rentrer 500,000$ par jour, mais après ce film, elle ne fera plus fantasmer personne.

Deux bons films reflétant donc très bien le malaise de la société actuelle.

Des deux cotés, une critique très juste du manque de valeurs et de l’attachement obsessionnel à tu sais quoi.

C’est amer à souhait; on se prend à ne jamais rire.

Un monde sans âme, ou chacun a vendu la sienne, de Naples à Gotham City.

Le rêve brisé du Mal organisé à l’italienne ne nous empêchera pas d’écouter attentivement la leçon de morale du Joker.

Why so sad?

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